Éthique, Éthologie, Équitation
Une cohérence pour co-évoluer
« Le cheval de guerre et le cheval de travail ont progressivement fait place au cheval de sport, puis au cheval de "loisirs",
mais toujours dans un contexte de dominance, de prédation continue de l'animal vivant, sans beaucoup de respect pour les besoins propres de l'individu, instrumentalisé en tant qu'outil ou monture. Le cheval semblait ainsi voué à l'équitation, à la performance, avec certaines conséquences désastreuses quant à son équilibre et sa santé. Sédentarité, isolement, sélection génétique aberrante, procréation médicalement assistée, alimentation inadaptée, surmenage, manipulations douloureuses, sont malheureusement toujours le lot de la majorité des équidés "domestiques", soumis à des humains ignorants de l'éthologie et de la physiologie , et de ce fait maltraitants, inconsciemment pervers dans leurs attitudes infantiles de consommation de la vitalité animale.
Mais cette relation se transforme progressivement vers plus de conscience et de responsabilité »
(E. Ancelet).
Dans le chemin vers l'autre, je ne peux pas faire l'économie du chemin vers moi (T. d'Ansembourg)
Tout ce que fait le cheval est dicté par sa nature
Gardez toujours à l'esprit que toute espèce ayant survécu à ce jour a bougé le bon pion sur l'échiquier de la survie. En clair, le cheval réagit comme un cheval et cela ne doit jamais lui être reproché ou être cause de réprimande.
Le droit du cheval au respect de ses besoins et particularités de ... cheval
Notre définition de son environnement va être primordiale puisqu'elle va influer sur sa santé physique et morale. Apprenons ce qu'il est, façonné par 55 millions d'années d'évolution.
C'est en étant cheval, avec une vie de cheval qu'il pourra répondre à nos attentes si elles sont elles aussi fixées par rapport à lui et pas seulement nos propres objectifs. Oublier que le cheval a des besoins propres et des attentes particulières liés aux caractéristiques et aux prérogatives de son espèce, de sa nature, qu'il possède des droits inhérants à son état de cheval, c'est installer un malentendu et aller au-devant de problèmes importants, tant pour le cheval que l'humain.
Comment être ouvert au dialogue avec un autre si vos conditions de vie génèrent au mieux de l'inconfort, au pire des souffrances ? Là encore, l'éthologie nous apporte de judicieux indicateurs.
« Le meilleur cadeau que l'on puisse faire à un cheval est probablement de ne pas oublier qu'il est précisément ... un cheval » (MA. Leblanc et MF. Boissou, Cheval qui es-tu ? Éditions Belin 2003)
Le cheval et l'humain : une relation où chacun est responsable de l'existence d'un lien émotionnel, corporel et gestuel pour construire un langage commun
2 espèces : 2 mondes sensoriels et 2 modes de communication différents.
Toutes les espèces interagissent avec leur environnement vivant. Le cheval envoie des messages envers d'autres espèces avec lesquelles il cohabite. Dans le cas d'animaux d'espèces différentes qui se rencontrent régulièrement, ces individus apprennent par interpréter les signaux émis par les autres espèces. Il est question ici d'
apprentissage d'autres langages. L'humain est autant sinon davantage concerné par ce point que le cheval.
Le cheval est un animal visuel dans ses rapports sociaux et ses modes de communication sont subtils, ils sont même souvent imperceptibles à l'oeil humain.
Il a un gros handicap pour être compris par l'humain : il ne peut s'exprimer que par son corps, même si ses hennissements peuvent être parfois explicites dans des situations bien précises. D'infimes détails peuvent changer tout le contenu du message. Par exemple, la différence que l'on peut noter entre le jeu et une bagarre, ce sont les oreilles qui se plaquent en arrière chez l'un des individus, indiquant que le jeu se transforme, chez lui, en interaction beaucoup plus agressive.
Mais la conséquence est qu'il est expert dans la lecture des gestes anodins qui trahiront ou affirmeront nos gestes. C'est là le handicap de l'humain, car communiquer c'est avant tout s'adapter.
Vous pouvez avoir le plus beau message d'amour à transmettre, si vous n'utilisez pas un langage compréhensible par l'autre, le message n'atteindra pas son destinataire.
Pour dialoguer avec lui, il nous faut tenir compte de ses réactions à nos actions bien plus que des résultats que nous voulons obtenir, qui viendront ensuite. C'est la façon dont ils auront été obtenus qui est importante.
Attention à « l'effet Barnum », expression utilisée par Georges Charpak pour qualifier des résultats rapides et de préférence spectaculaires. Nous devons aussi apprendre à nous connaître pour connaître le cheval, et apprendre suppose de la méthode, de l'application, de la rigueur et de la discipline.
Prenons l'exemple d'un outil basique : le licol. Pour beaucoup d'humains, le licol n'est qu'un moyen de contention pour obtenir l'obéissance du cheval (rester à l'attache, être conduit là où l'humain veut aller, ...). Pour le cheval, le licol peut revêtir acceptation ou résignation : soit il veut dire qu'il part en balade ou va faire des exercices qui le rendent curieux et il viendra vers lui avec confiance, soit il l'associera à un mauvais moment si le temps passé avec nous ne correspond qu'à une contrainte.
Une simple question : « Si le cheval est un plaisir pour vous ... Etes-vous un plaisir pour votre cheval ? » (D. Newe)
Apprendre à observer sans interpréter
On ne voit que ce que l'on observe, et pour observer, encore faut-il regarder ! Il est indiscutable que le cheval est un expert en communication non verbale (gestuelle et corporelle), au contraire de l'homme qui a développé la parole qu'il est la seule espèce à pouvoir utiliser. Par conséquent, nous avons tout intérêt à redécouvrir et réapprendre à nous exprimer avec notre corps et par la gestuelle, notre seule langue commune avec le cheval, et d'être conscients :
- De ce qui est intentionnel et ce qui ne l'est pas dans ce que nous demandons : à titre d'exemple, je veux que mon cheval me suive en confiance, mais j'avance en regardant par terre. Suivez-vous confiant quelqu'un qui ne regarde pas où il va -et par conséquent qui ne sait pas où il va ?
- Du contenu que nous voulons communiquer : si le cheval ne répond pas à votre demande, soit celle-ci n'est pas compréhensible, soit elle claire mais non acceptable.
Encore faut-il commencer par se demander quelle relation nous voulons partager avec le cheval.
Ecouter ce que le cheval vous dit
Demander quelque chose ne signifie pas que l'autre est tenu d'y répondre positivement. Demander quelque chose à un cheval, c'est donc accepter que celui-ci puisse dire non.
A part le contraindre à nous obéir, ce qu'il fera sans doute (mais il nous faudra avoir recours à de plus en plus de contrainte à chaque fois), n'avons-nous pas davantage à gagner à l'amener à accepter notre demande afin que le cheval
lui donne un sens en rapport avec sa nature de cheval et ses besoins ? En acceptant immédiatement et définitivement que ce sens soit sans rapport avec notre besoin à nous. On a le droit de ne pas être d'accord, on a le devoir de rester poli !
A quoi sert de vouloir communiquer si vous n'écoutez pas ce que l'autre vous dit ?
« Le libre consentement du cheval amène plus de commodités que les remèdes par lesquels on tâche de le contraindre » (Salomon de La Broue, 1593)
Exister sans s'imposer, l'affirmation bienveillante
Deux êtres en relation sont deux parties d'espaces personnels qui communiquent dans un respect mutuel. Faire respecter votre espace personnel, c'est d'abord et avant tout prendre conscience de son existence par rapport à celui de l'autre pour pouvoir clairement matérialiser ses justes limites.
Comment l'autre peut-il prendre en compte quelque chose dont vous-même n'avez pas clairement conscience ? Cela a pour conséquence également le respect de l'espace de l'autre : deux individualités qui partagent un espace commun.
Avec le cheval avant d'être « à cheval »
Il est possible d'être en relation avec le cheval sans le monter, tout comme il est possible -et c'est fréquent- de monter à cheval sans être en relation avec son cheval. La première étape d'une relation, c'est d'abord la rencontre. Le cheval se découvre à pied, faire sa connaissance se réalise à côté de lui, avant même d'envisager de monter dessus.
« Communiquer avec le cheval demande une présence à soi de tous les instants, une disponibilité mentale, une approche créative dans la résolution des problèmes, sans montrer d'impatience ou d'agacement, et sans s'attarder à des préjugés ou des méthodes rigides pour atteindre ses objectifs » (B. Chiris, S'épanouir à cheval, Edition Belin).
Gérer nos propres émotions permet au cheval de gérer les siennes
Gérer n'est pas contrôler : il faut être capable d'identifier notre peur ou notre colère pour, d'abord, ne pas les projeter sur le cheval, et ensuite y apporter notre solution. Le but est d'être toujours aussi gentil que possible (sinon la confiance ne peut s'établir), mais aussi ferme que nécessaire. Il y a une grande différence entre efficacité et agressivité : ne pas être entraîné par ses émotions, garder son sang-froid font toute la différence.
« Les chevaux ne nous poseront que peu de problèmes si nous parvenons à résoudre les nôtres » (T. Bernos)
Les techniques équestres
A pied, en liberté ou en selle, elles ne sont que des outils au service de la relation. Elles ne sont pas le but, mais l'aide sémantique au dialogue qui conduit à la compréhension mutuelle. L'approche proposée est notamment basée sur l'éthologie scientifique.
La tendance à ne « surtout pas se laisser aller », à tout rationaliser, et cette approche plutôt mécanique, méthodologique de l'équitation constituent pour le cavalier une cuirasse qui l'empêche de communiquer réellement. Communiquer, c'est s'adapter ! L'équitant adapte sa séance à l'état de réceptivité du cheval, ses demandes et l'intensité de ses aides à ce qu'il sent. Il accompagne chaque geste du cheval afin de se mettre en harmonie avec son partenaire.
Monter sans mors est alors l'aboutissement d'un processus relationnel basé sur la confiance et le respect.
« Que celui ou celle qui a déjà porté un mors toute la journée dans sa bouche ... parle ! » (T. Bernos)
A qui cela s'adresse-t-il ?
A toutes celles et ceux qui, quelle que soit l'activité pratiquée avec leur cheval, cherchent des réponses concrètes à la question : « Comment devenir un plaisir pour mon cheval ? »